Je m'appelle Charly.
C'est mon prénom - celui auquel je m'identifie, celui par lequel les personnes qui me connaissent réellement, et qui m'acceptent pour ce que je suis, me désignent.
Mais on te désigne toujours par un prénom auquel tu t'identifies, me diriez-vous peut-être. En réalité, pas toujours.
Nombre de personnes ne me nomment pas Charly.
Nombre de personnes me font même parfois souffrir, en utilisant un autre prénom, en appuyant même sur certaines sonorités, certaines couleurs. Pourtant, oui, j'aime beaucoup ce prénom. Je le trouve même joli, quand on appuie pas sur les sonorités dont je vous parlais. Mais aujourd'hui, ce prénom est incapable de me désigner.
Ce n'est pas de la coquetterie.
Ce n'est pas un symptôme de ma crise d'adolescence, qui serait, disons-le franchement, un peu tardif face à ma puberté.
Reprenons les bases. Je ne suis pas une femme. Même si, souvent, j'utilise des accords et des pronoms qualifiés de féminins, même si l'on me perçoit socialement comme une femme, je ne le suis pas.
Tu ne me poseras pas de questions sur mes organes génitaux.
Tu ne te fieras pas à ma carte d'identité.
Tu ne me diras pas que je ressemble quand même pas mal à.
Je ne saurais pas te dire ce que je suis exactement. Parce que les constructions sociales sont fragiles en moi, parce qu'un sentiment instinctif et profond ne suffit pas aujourd'hui à se justifier, parce que trop de choses encore ne sont pas reconnues à ce jour.
Mais je puis te dire des choses que je ne suis pas.
Et, en l'occurrence... Je ne suis pas une femme.
Une preuve ?
Je vais te faire une confidence. Je possède des seins. (Non, ce n'est pas la preuve.)
Je suis une personne qui vit au quotidien avec une paire de seins, et je les trouve même plutôt rigolos. Ça va paraître étrange à dire, hein. Juste, c'est plutôt mou, plus clair que le reste de sa peau, ça rebondit, c'est tout lisse tout mignon. Ça me fascine un peu, je dirais même que j'aime jouer avec.
Pourtant, ces seins... Ces seins, parfois, souvent, cela varie suivant les périodes, me font souffrir.
Pas pour ce qu'ils sont en eux-mêmes. Je ne souffre pas de posséder des seins.
Mais je ne porte pas de soutiens-gorges.
J'ai même abandonné les brassières, malgré le mal que ces seins me font parfois, après de longues heures dans les transports en commun, par exemple.
D'autres soirs, c'est ressentir un manque, un manque cruel qui envahit tout - parasitant le cerveau par l'absence, et le corps de douleurs. Absence étrange.
Manque de ne pouvoir se mettre torse nu.
En société.
Et même chez moi, avec ma famille, mes amis.
Un manque qu'une personne cisgenre ne comprendra sans doute pas, qui ne lui viendra d'ailleurs peut-être pas à l'esprit. Et pourtant, j'ai déjà passé un weekend de manque-nervosité, difficilement tenable physiquement, où je n'étais pas en état de réaliser quelque chose de constructif.
Parce que je possédais des seins et qu'en conséquence je réalisais que je ne pouvais pas me mettre torse nu comme quelqu'un n'en possédant pas. Comme le dirait la plupart des gens : "comme un garçon".
Il existe un mot qui désigne ce genre de ressenti. Dysphorie.
Phoros, en grec, ça signifie porter. Dys, on pourrait le traduire par difficulté. Dysphorie de genre ?
Difficulté de supporter le genre qu'on nous a assigné à la naissance.
Je ne suis pas une femme. Notamment parce que je ressens un profond rejet pour ce qui caractérise socialement une femme, notamment car qu'on me considère ainsi m'est parfois insupportable.
Je m'appelle Charly. Je ne suis pas une femme. Et voilà un petit aperçu de ce que peut être la dysphorie.
Respectez-là. Respectez tous les gens comme moi. C'est le premier pas, le plus important. Respectez ces sentiments qui vous paraissent peut-être absurdes. Respectez aussi notre droit à l'euphorie de genre, même si ce n'est pas celui auquel vous nous auriez assigné.
Nous appartenons tous à une même humanité - acceptons là dans toute sa diversité.